Plaisirs coupables

Fil d'ariane

girl vintage small"- Dis, c'est quoi ton plaisir coupable en musique ? 

Ce morceau que tu aimes mais que tu n'assumes pas ? - Oh moi, c'est le deuxième concerto brandebourgeois BWV 1047 de Bach. Je sais, je devrais pas, mais j'adore..."

Il est peu probable que vous ayez déjà entendu la conversation ci-dessus. Le plaisir coupable, c'est avant tout une histoire de « bon goût » et de snobisme, avec une bonne dose de mauvaise foi en prime. Car au fond, rien ne vous empêche de trouver que « Tata Yoyo » est cent fois plus bath que John Coltrane... à part votre besoin de rester cool auprès de vos amis.

Je vais donc m'efforcer de trouver quelques points négatifs aux morceaux suivants, parce qu'admettre que je les adore et qu'ils font depuis longtemps partie de mes playlists, ça non, ça ne se fait pas.

Barbra Streisand & Barry Gibb « Guilty » (1980)

Tellement coupable que c'est marqué dans le titre ! Barry Gibb (des Bee Gees, bien sûr), songwriter toujours sous-estimé qui a pourtant écrit pléthore de classiques – essayez d'écouter « Stayin' Alive » sans esquisser un déhanchement, pour voir... Oui, ce duo avec Barbra est sirupeux au possible, mais quelque chose dans son rythme chaloupé et la cadence des paroles m'emporte à chaque fois.

 

Harry Styles « Lights Up » (2020)

Ah, ce classique du plaisir coupable ! Que faire quand le morceau vous plaît vraiment, mais qu'il est chanté par un ancien membre de boys band dont les fans ont en moyenne vingt ans de moins que vous ? La réponse est simple : embrassez votre côté midinette, regardez des vidéos Youtube sous-titrées en coréen, et raccrochez-vous à la présence d'un (petit) solo de trompette.

 

Salomé de Bahia « Outro Lugar » (1999)

J'aurais pu vous dire que j'adore « Another Star » de Stevie Wonder, sorti sur le classique Songs in the Key of Life en 1976, et ma crédibilité serait restée intacte parce que Stevie, c'est un génie inattaquable de la soul (même si pour lui aussi, les années 80 furent difficiles). Mais non : moi, la version de ce morceau que j'aime, c'est celle produite en pleine période French Touch par le très commercial Bob Sinclar, autrement plus dansante. Et tant pis pour Stevie.

 

Barry Ryan « Eloise » (1968)

Pauvre Barry... son Eloise ne l'entend pas crier, et elle est bien la seule. Ce tube international (repris chez nous, comme d'habitude, par Claude François), arbore la production un poil surchargée typique de la fin des sixties, avec orchestre et choeurs angéliques. Ce morceau que l'on pourrait sans peine qualifier de « pompier » est pourtant irrésistible, et les punks ne s'y trompèrent pas, le reprenant régulièrement – on conseillera vivement la version des Ecossais de The Associates, bien plus fréquentable...

 

Thierry Hazard « Le Jerk » (1990)

« Le Jerk » n'est pas une chanson pop. « Le Jerk », c'est l'histoire d'amour entre Roger et Joséphine, prisonniers de leur condition ouvrière et de la société de consommation, qui, grâce aux transports publics et à la cousine Berthe, oublient la morosité de leur quotidien et trouvent une échappatoire à leurs soucis en se trémoussant sous les éclairs (ooh) des stroboscopes (aahh). « Le Jerk », c'est Zola en 3 minutes. Une vignette d'histoire populaire comme Ray Davies (des Kinks) les écrit outre-Manche. Ou presque.

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