La photographie dans les collections de Valery Larbaud

Fil d'ariane

Le fonds Valery Larbaud comprend plus de 2.000 photographies dont au moins 1.500 prises du vivant de l’auteur qui faisaient partie de la vente de la collection de l’écrivain à la Ville de Vichy en 1948. Elles sont actuellement en cours de numérisation et de traitement informatique. Comme beaucoup, le vichyssois aimait s’entourer de clichés représentant ses proches, ses amis écrivains, mais aussi les lieux où il avait vécu. Dans ses collections, on trouve bien sûr des portraits exécutés par des photographes professionnels mais également de nombreux clichés amateurs, dont certains pris par l’auteur lui-même. Valery Larbaud avait visiblement une pratique régulière de la photographie, même s’il l'évoque assez peu dans son journal.

Valery Larbaud

Après l’invention de l’héliographie (1826) et du daguerréotype (1837), c’est en 1840 que William Henry Fox Talbot invente le calotype, procédé négatif-positif permettant la diffusion multiple des images. Il pose ainsi les bases de la photographie argentique. Par la suite, les professionnels travailleront sur l’amélioration des tirages. Pour ceux que l’histoire de la photographie intéresse, la médiathèque possède de nombreux livres sur le sujet. Vous pouvez consulter entre autres La photographie en France : des origines à nos jours de Claude Nori ou encore La photographie : l'époque moderne, 1880-1960 de Quentin Bajac.

Mais jusque dans la première moitié du 19e siècle, les portraits sont encore grand format, et coûtent relativement cher. Ainsi, seules la noblesse et la grande bourgeoisie peuvent se payer ce luxe.
Il faut attendre 1854 et l’invention de la photo-carte de visite ou portrait-carte de visite par Eugène Disdéri pour que la petite et moyenne bourgeoisie accède à la photographie. D’un format de 53 x 85 mm, le portrait est alors décroché du mur et s’échange entre membres de la famille ou entre connaissances. Dès lors, toutes les étapes de la vie sont consignées : naissance, communion, mariage, etc.

On trouve de nombreuses photo-cartes dans les collections de Valery Larbaud, mais une seule est signée Eugène Disdéri.

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Cette photographie, prise en 1874, représente Léon Labbé (1832-1916). Ce chirurgien qui a aussi fait une carrière politique, était un ami de Nicolas Larbaud (1822-1889). Il a opéré et sauvé Valery Larbaud d’une hernie menaçant de dégénérer en péritonite, quand il avait 6 ans. On comprend que cette photographie ait été précieusement conservée.
On reconnait, sur le dos de la photographie, l’écriture de Valery Larbaud indiquant qui est représenté et la date du cliché. Un certain nombre de photographies possèdent ce genre d’annotations : inutile de dire combien les bibliothécaires lui en sont reconnaissantes !

De plus, Valery Larbaud a fait retirer un certain nombre de photographies sur support carte postale inscrivant les précieuses informations au dos. Voici, par exemple, sa mère Isabelle Larbaud (1843-1930) sur un cliché pris à Pau par L. Subercaze en 1879, année de son mariage avec Nicolas Larbaud.

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En voici une autre, représentant quelques années plus tard sa mère (à gauche) et sa tante Jane (à droite) à Valbois, propriété de la famille. Elles sont accompagnées de trois jeunes domestiques, mais aussi de nombreux chiens dont à gauche Valentin. Isabelle et Jane, sœurs jumelles, étaient pourtant de caractères très différents. Ecoutons Maria Nebbia, la compagne de Valery les décrire : « La tante douce, compatissante et affectueuse, haute en couleur comme vous dites, avec son parler du terroir où elle a toujours vécu. Sa mère assez autoritaire et plutôt froide. » Ne les ayant jamais rencontrées, elle tenait certainement cette information de son compagnon.

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Encore une des très nombreuses photographies représentant les chiens de la maisonnée. Isabelle, mais surtout Jane avait un amour immodéré pour ces adorables animaux. Ces derniers ont reçu, chez les photographes, le même traitement que leurs maîtres, comme en témoigne cette photographie de Mimi, décidément bien à l’aise sur son fauteuil.

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Une autre chienne, Lili a, elle aussi, eu les honneurs du photographe. Ce cliché est le premier que nous possédons de Valery Larbaud. Il a probablement été pris en 1882 et est signé Léon Lagny, installé à Vichy à partir de 1881. Cette fois, c’est Isabelle qui nous indique qui est sur la photo donnant ainsi le nom de l’enfant, du chien, ... mais pas celui de la nourrice !

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Le déclin des photos cartes et de la photographie professionnelle débute dans les années 1900 avec l’avènement de la photographie d’amateur induite par l’évolution technique et le lancement du Kodak. Bien sûr, cette pratique est encore réservée à une classe aisée qui a les moyens et le temps de se former. On s’aperçoit que Valery Larbaud est complètement dans l’air du temps avec cette nouvelle technologie. Lorsqu’il s’embarque pour un voyage en Italie en novembre 1900 avec son ami Jean-José Frappa, il va bien évidemment prendre quelques clichés de son périple. Parfois avec succès et parfois… moins !

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De nombreux autres voyages seront l’objet de photographies ramenées en souvenir. Larbaud aimait pratiquer ce que l’on nomme aujourd’hui le tourisme littéraire. Ainsi en mai 1934, il part en Angleterre, à Langar, lieu de naissance de l’un de ses auteurs préférés : Samuel Butler (1835-1902). Il achète des cartes postales dans une boutique où on le regarde avec étonnement, personne là-bas ne connaissant Butler. Mais il prend aussi beaucoup de clichés. Certains (les meilleurs) sont collés directement dans le journal qu’il est en train de rédiger, d’autres seront tirés plus tard en cartes postales et même encadrés.

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Dans la collection de Valery Larbaud, on retrouve aussi un grand nombre de portraits d’écrivains, amis ou simplement des auteurs qu’il admirait et dont il aimait s’entourer dans sa Thébaïde. Certains sont dédicacés et/ou encadrés. En voici une d’Henri Jean-Marie Levet, né à Montbrison en 1906 et mort trop jeune en 1911. Ce diplomate est l’auteur des poèmes que Valery Larbaud et son ami Léon-Paul Fargue feront publier en 1921 dans un recueil intitulé « Cartes postales ».

Henri Jean-Marie Levet

A propos d’Henri Jean-Marie Levet, Valery Larbaud possède une bien étrange photographie qui a été source de nombreux étonnements.

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Curieuse n’est-ce pas ? Valery Larbaud nous en donne l’explication dans son journal de 1911 : «Fargue m’avait donné une photographie manquée, sur laquelle deux vues différentes se mêlaient. Levet debout au bord d’un trottoir, à Paris ; et Levet assis sur le plancher de la chambre de sa mère, la tête appuyée sur l’épaule de sa mère assise, et la regardant (la position dans laquelle il est mort). J’avais noté la ressemblance de la mère et du fils

Valery Larbaud a expurgé de ses journaux tout ce qui était trop intime, avant de vendre ses collections à la ville de Vichy. Heureusement il a gardé des photographies de la femme de sa vie. Maria Nebbia, rencontrée en 1922 à Gênes, sera la première à ne pas menacer sa liberté. Elle sera sa compagne, son amie et même son infirmière jusqu’à la fin de sa vie.

Maria Nebbia

Et maintenant regardez bien ces photographies. La première représente Madame et Monsieur Marcel Ray avec Maria Nebbia, tandis que sur la seconde on peut voir Maria Nebbia, Madame Marcel Ray avec Valery Larbaud. Elles ont été prises en Albanie lors du dernier grand voyage du couple en 1935. Ils étaient partis voir Marcel Ray, alors ambassadeur à Tirana et grand ami de Larbaud.

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Voici deux autres tirages ayant reçu un traitement assez particulier. Eh oui, Maria Nebbia a disparu du cadre, emportée par des ciseaux bien aiguisés. Non, rassurez vous il ne s’agit pas d’une coupe sauvage de notre part, mais plus vraisemblablement de celle de Maria Nebbia. En effet, il existe d’autres clichés ayant reçu le même traitement. Peut-être n’aimait-elle pas se voir en photographie ?

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C’est au retour de ce voyage que Valery Larbaud est terrassé par un accident vasculaire cérébral qui provoque une hémiplégie et aphasie. Les années suivantes, Valery Larbaud partage son temps entre Vichy et Valbois.

Valbois

Valbois est le fief de la famille maternelle. Ce domaine sera toujours lié à l’enfance de Valery Larbaud lorsqu’il venait passer ses vacances auprès de Jane, sa tante. C’est également ici qu’adulte il viendra trouver le calme, la paix et l’éloignement. Il en avait fait son lieu de « retirance » : « Tout autour du château, c’est le jardin et ses roses, un kiosque vieillot, la charmille et le parc avec, d’un côté des marronniers et de l’autre les sapins. Enfin la prairie, le vallon planté de pins où serpente le ruisseau et les bois. »

Enfin, pour conclure, voici l’un des derniers clichés de Valery Larbaud pris à la fin de sa vie. Bien entouré par Maria, Laeta, son infirmier, il s’est éteint en 1957.

Valery Larbaud

Au travers ces photographies, c’est toute la vie de Valery Larbaud que l’on découvre sous un angle nouveau. Il est bon de mettre des visages sur des noms rencontrés dans les journaux ou la correspondance de l’auteur. C’est aussi, en quelque sorte, une partie de la société intellectuelle européenne qui apparaît au fil des images. Il ne vous reste plus qu’à venir les découvrir aux Fonds Patrimoniaux.

Martine

 

 

 

 

 

 

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