sticker cinema bobine filmQu'ont retenu les bibliothécaires de leurs petits et grands écrans cette année ?

Séries, fictions et documentaires, blockbusters et raretés, nouveautés et rééditions inédites, voilà nos sélections, subjectives autant qu'éclectiques.

  

 

Le top 10 ciné de Florian !

  • « Sinners » de Ryan Coogler : fort du succès de ses précédents blockbusters "Black Panther" et "Creed", le réalisateur afro-américain joue à merveille le film de vampires pour évoquer la ségrégation et rendre hommage à la culture afro-américaine. Une mise en bouche pop avant de se jeter sur la lecture de l’excellent livre de Christophe Ylla-Sommers « Le son de la révolte : une histoire politique de la musique noire américaine »
  • « Anora » de Sean Baker : Palme d’or 2024 et Oscars 2025 pour cette anti-"Pretty Woman" où la comédie romantique vire à la satire sociale burlesque. Une fable "classe contre classe" (vraiment tout contre), qui nous rappelle, si besoin, que la classe dominante n’est pas la plus classe.
  • « Les graines du figuier sauvage » de Mohammad Rasoulof. Justesse tragique pour ce film qui utilise le carcan familial, pour mettre en lumière un pouvoir autoritaire réactionnaire et paranoïaque, dépassé par les évolutions intellectuelles et culturelles de son peuple, mais prêt aux pires exactions pour se maintenir en place. Femme, Vie, Liberté !
  • « Survival of Kindness » de Rolf de Heer. Le réalisateur australien, discret depuis l’excellent "Charlie’s Country" sorti en 2013, nous emmène dans un road-trip post-apocalyptique sur fond de racisme et de fascisme au milieu de paysages vertigineux du bush australien. Somptueux et glaçant. Mention spéciale pour l’actrice principale non-professionnelle Mwajemi Hussein dont le regard porte le poids des souffrances subies dans les guerres en RDC.
  • « L’Histoire de Souleymane » de Boris Lojkine. Au delà de la mise en lumière de l’exploitation massive des migrants par les plateformes numériques de livraison, ce film est un excellent thriller. Porté par le jeu d’Abou Sangaré, on ressent de bout en bout l’extrême tension de cette quête de la régularisation, de l’accès aux droits dont aucun être humain ne devrait être privé. Quand la fiction donne corps au réel.
  • « Aimer perdre » d’Harpo et Lenny Guit. Enfin un personnage principal féminin de « loser magnifique » rudement bien incarné par Maria Cavalier-Bazan. Lunaire, déjantée, énervante, complètement autocentrée et hilarante. A noter la participation méconnaissable de Catherine Ringer et Melvil Poupaud.
  • « Kneecap » de Rich Peppiatt : biopic romancé sur le jeune groupe de rap d'Irlande du Nord Kneecap au succès imprévu (ils rappent en gaélique!). Sous l'apparence d'un film "pop" à la "Trainspotting", se cache un véritable film de lutte anticoloniale. Frais, drôle et intelligent!
  • « Guérilla des FARC : l'avenir a une histoire » de Pierre Carles et Stéphane Goxe : disqualifié par le pouvoir et les médias via l'accusation infâmante et fallacieuse de "narcoterrorisme", enfin un documentaire sur l'histoire d'une des plus grandes guérillas communistes, ainsi que le processus de paix qui amène à son désarmement, puis l'arrivée au pouvoir en 2022 d'un gouvernement progressiste mené par l'ancien guérillero du M19, Gustavo Petro.
    Pour conclure, deux films palestiniens qui brisent les murs de l’apartheid et de la propagande :
  • « Once upon a time in Gaza » de Tarzan et Arab Nasser, prix de la mise en scène Un certain regard au festival de Cannes 2025. Du grand cinéma ! Les frères Nasser, exilés depuis 2012, maîtrisent les codes du western et du thriller, jouent avec les références, se permettent un film méta sur le cinéma de propagande, pour délivrer une œuvre de fiction puissante, une œuvre de résistance de la culture palestinienne.
  • « No other Land » de Basel Adra, Hamdan Ballal, Yuval Abraham et Rachel Szor. Oscar du meilleur film documentaire, la réalité dépasse parfois la fiction, dans cette énième illustration du mythe de David contre Goliath, où les palestiniens du village de Masafer Yatta en Cisjordanie résistent encore et toujours à la violence de la colonisation israélienne.
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 Et une recommandation (très) horrifique de Lucas !

  • « 28 ans plus tard » de Danny Boyle

 

Le top 9 ciné de Yann-Aël !

Deux films documentaires remarquables, tant sur le fond que sur la forme :

  • « Bande-son pour un coup d’état » de Johan Grimonprez – Louis Armstrong et Max Roach, Khroutchev et le roi des belges, le Congo et les Etats-Unis sont dans un bateau... Pas encore disponible dans nos rayons, un édifiant et virtuose mix d’images et de sons d’archives qui pétarade et swingue comme un chorus de jazz. 
  • « Direct action » de Guillaume Cailleau et Ben Russell – un ample portrait de groupe, saisi à travers le rythme des gestes du quotidien : faire du pain, couper du bois, prendre soin des outils, mener les animaux au pré, labourer un champ, s’organiser collectivement, faire face à la brutalité et la violence (sourde, aveugle) du pouvoir.

Deux jeunes réalisateurs (un Belge, un Portugais) qui, à défaut de chefs d’œuvres, nous proposent néanmoins un cinéma sensible et prometteur :

  • « Here » de Bas Devos - sans prétention, une petite merveille d’attention et de délicatesse (ce qui, dans le monde dans lequel on vit, est toujours bon à prendre, n'est-ce pas ?).
  • « Covas do Barroso » de Paulo Carneiro - et plus encore, sur le même DVD, le très émouvant « Bostofrio », tous deux ancrés dans les montagnes du nord du Portugal.

La découverte (avec quelques années de retard) d’un inclassable :

  • « Tableau avec chutes » de Claudio Pazienza - un cinéma singulier, artisanal et exigeant, drôle et grave, délicieusement impertinent et iconoclaste.

Deux très belles rééditions :

  • « Marketa Lazarova » de Frantisek Vlasil - chef d'œuvre du cinéma tchèque (et du cinéma tout court !), somptueux et baroque, une vaste fresque médiévale pleine de boue, de sang et de grâce.
  • « Marat/Sade ou La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l’hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade » de Peter Brook - parce qu’il faut bien dire quand même que Marat nous manque un peu aujourd’hui…

Un hors-catégorie : 

  • « Tardes de soledad » d’Albert Serra - fascinant (autant qu’éprouvant) portrait d’un homme, vaniteux et viriliste, dont la vie se résume à mettre à mort rituellement et passionnellement des animaux.

Et enfin un habitué de nos tops que l’on n’aura encore pas réussi à éliminer cette année :

  • « Sept promenades botaniques avec Mark Brown » de Pierre Creton (comme un merveilleux antidote au précédent)

 

La sélection d'Emilie !

Quelques films anciens à découvrir (si ce n'est pas déjà fait) :

  • « Bienvenue Mister Chance » de Hal Ashby, satire de la bonne société américaine et de la toute-puissance télévisuelle, dans lequel Peter Sellers, tout en retenue, est extraordinaire.
  • « Le Pigeon » de Mario Monicelli, chef-d’œuvre de la comédie italienne au casting quatre étoiles, où Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni et Toto campent des braqueurs pas très doués mais très drôles.
  • « Marat/Sade » de Peter Brooks, adaptation d'une pièce de théâtre culte des années 60 dans laquelle l'interprétation d'une pièce écrite par le marquis de Sade sur la Révolution française par les patients de l'asile de Charenton (ouf) ne va évidemment pas se dérouler tout à fait comme prévu. La distribution, tirée des rangs de la Royal Shakespeare Company, est là aussi excellente.
  • « Huit heures de sursis » de Carol Reed, thriller sur la fuite d'un indépendantiste irlandais poursuivi par la police, dont les rencontres tragiques, poétiques ou comiques sont magnifiées par une très belle cinématographie noir et blanc. On est pas très loin de Charles Dickens par moments.

Des nouveautés :

  • « Eephus » de Carson Lund, comédie douce-amère sur le baseball et le temps qui passe, dans la lignée du cinéma indépendant américain des années 90, simple et attachant.
  • « Une Langue universelle » du canadien Matthew Rankin, croisement improbable entre le cinéma iranien et Wes Anderson, pour un résultat un peu bancal mais dépaysant.
  • « Jane Austen a gâché ma vie » de Laura Piani, comédie romantique qui s'amuse avec les codes du genre pour finalement mieux les suivre, dans une atmosphère so british et littéraire.
  • « Seule la terre », de Francis Lee, qui révéla en 2017 l'acteur Josh O'Connor, excellent en jeune fermier taciturne dont la rencontre avec un saisonnier va bouleverser la vie. Entre réalisme anglais et sentiments dans les landes du Yorkshire, un premier film très réussi.

Et enfin, dispo sur la toute nouvelle Médiathèque Digitale :

  • « Ghostlight » de Kelly O'Sullivan et Alex Thompson, formidable et émouvant petit film indépendant américain sur une famille confrontée au deuil.

 

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