Les chroniques de l'Orangerie #15

Fil d'ariane

odyssee hakim debchroniqL’odyssée d’Hakim : « mettre un visage sur le mot "réfugié" »

 

 

L'Odyssée d'Hakim de Fabien Toulmé

 

À peine un an après la publication du premier volume, De la Syrie à la Turquie, Fabien Toulmé dévoile la suite de l’odyssée contemporaine d’un jeune migrant. Il construit alors un récit humanisant et révélateur de la situation au Moyen-Orient, permettant de prendre conscience d’une réalité parfois déformée.

Après la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Turquie, le voyage d’Hakim se poursuit. Cette fois, il emprunte le chemin le plus connu de notre point de vue européen, celui des passeurs qui permettent de rejoindre la Grèce. Réfugié syrien ayant fui son pays et la guerre qui y sévit, le jeune homme a tout d’abord cherché à se réfugier dans des pays voisins. Face aux grandes difficultés et à la montée de l’anti-migrantisme, il projette alors de partir pour l’Europe. Commence alors un parcours semé d’embuche pour des migrants à la merci des passeurs et des escrocs. 

Repenser le terme réfugié

La force de cet ouvrage est la ré-humanisation et la démythification du réfugié. Il n’est plus alors seulement un mot valise, une statistique, un nombre ou un sujet de discorde flou, mais est révélé comme ce qu’il a toujours été, un individu entier et bien réel, confronté à des choses terribles. Fabien Toulmé a réalisé une bande-dessinée humaniste pour « mettre un visage sur le mot « réfugié » » selon ses termes, tandis que face à la crise migratoire, l’Europe ne pense plus qu’aux chiffres. À ces chiffres qui, chaque jour inondent les chaines d’informations, les communiqués de presse des ONG et les discours des personnalités politiques. Nombre de naufrages, nombre de blessés, nombre de morts, camps surpeuplés, statistiques alarmantes, une énumération constante et terrifiante. Mais ce que l’on oublie, c’est le passé de ces gens, leur histoire familiale, leur parcours, les difficultés qu’ils ont rencontrées, ce qu’ils ont appris, leurs rêves, leurs espoirs, leurs peurs. Tout n’est plus réduit qu’à un chiffre.

Instructif et pédagogique

L’histoire d’Hakim ne le réduit pas à son statut de réfugié. L’auteur met en lumière son enfance, son parcours professionnel en tant que pépiniériste, son désespoir à l’idée de quitter sa famille, ses rêves, ses échecs, son mariage, la naissance de ses enfants. Il ne tombe jamais dans le pathos excessif, n’est pas larmoyant, mais instructif et pédagogique. Il se montre drôle sans recourir à la caricature. Le récit est donc rythmé par des moments de joie et d’inquiétude, de malheur et d’espoir, à travers lequel on découvre le quotidien d’un réfugié et l’horreur du business des migrants. Cette histoire permet de rappeler que les réfugiés n’ont pas le choix, qu’ils ne viennent pas en Europe par envie mais par nécessité, comme le rappelle le personnage à de nombreuses reprises.

A l’instar des films d’animation Persépolis et Parvana, qui mettent respectivement en scène les situations difficiles en Iran et en Afghanistan, l’ouvrage participe à la mise en lumière de la vie au Moyen-Orient. On peut également le rapprocher de la bande-dessinée l’Arabe du Futur de Riad Sattouf, qui se veut le récit d’une enfance au Moyen-Orient et nous permet donc de mieux comprendre les mécanismes de cette région du monde.

Un dessin efficace

La narration, très forte, est servie par un trait minimaliste qui n’encombre pas le récit d’artifices mais le porte et lui donne du relief. Le dessin se veut direct, simple et efficace. Enfantin, naïf et rond, il est accompagné de couleurs douces, presque pastels, qui, loin de lisser l’histoire, en renforcent l’impact.

En se mettant en scène dans le récit, en tant que récepteur du témoignage, l’auteur le sort de sa dimension mythique et irréaliste pour l’ancrer dans le réel. Il se place comme un relais de la parole du réfugié et permet par leurs dialogues de nous identifier encore davantage à lui. C’est donc un récit honnête et éclairant sur le parcours de l’individu derrière le terme « réfugié ». Un ouvrage à brandir.

Coline Cornuot (étudiante ICJ)

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